Burkina Faso face au défi des emballages plastiques et des avaries alimentaires : vers une transition durable, responsable et sécurisée

Par Bourahima BERTE, DESS en Industries agroalimentaires, 

expert agréé près les Cours et Tribunaux pour les avaries des stocks alimentaires

Introduction

Au Burkina Faso, la gestion des emballages plastiques s’inscrit désormais au cœur d’une transition écologique majeure, mêlant des enjeux environnementaux, économiques, sanitaires et technologiques. 

L’adoption récente de la loi 045-2024 interdisant l’utilisation de tous les emballages plastiques à usage unique, y compris les variantes dites biodégradables, marque une volonté politique forte. Cependant, la mise en œuvre de cette mesure se heurte à des résistances socioéconomiques profondes. 

À l’horizon 2040, le choix des matériaux d’emballage ne pourra faire l’économie d’une analyse multidimensionnelle, alliant lutte contre les avaries alimentaires, réduction de l’empreinte écologique et préservation de la santé publique. 

Cet article propose une analyse intégrée de ces défis, éclairée par des données empiriques, des expertises sectorielles et les perspectives de durabilité.

La résistance des acteurs économiques face à l’interdiction des plastiques 

Adoptée en décembre 2024, la loi 045-2024 vise à éradiquer l’usage des emballages plastiques à usage unique dans le but de contrer le « péril plastique », phénomène reconnu pour ses effets néfastes sur les écosystèmes, la santé publique et l’économie nationale. Selon le ministère de l’Environnement, les déchets plastiques représentent jusqu’à 20 % des ordures ménagères urbaines au Burkina Faso, avec une durée de dégradation estimée à plus de 400 ans pour certains matériaux.

Cependant, à peine cinq jours après son entrée en vigueur, la loi suscite une vive opposition, notamment de la part des commerçants et industriels. 

Ceux-ci invoquent :

  • la gestion des stocks résiduels encore en circulation,
  • l’absence d’alternatives viables à court terme,
  • les risques sur l’emploi, estimé à plus de 5 000 postes directs dans l’industrie plastique,
  • un manque de consultation sectorielle en amont de la réforme.

Avec un investissement national évalué à près de 15 milliards de FCFA, le secteur de la plasturgie burkinabè constitue une filière industrielle stratégique. 

Les acteurs réclament une révision des dimensions d’application de la loi, ainsi qu’un plan d’accompagnement structuré, incluant un soutien à la reconversion industrielle, à la formation technique, et au développement de filières alternatives.

Sur le terrain, l’application demeure difficile. Les sachets plastiques non conformes restent largement disponibles, notamment en raison de leur coût inférieur, de leur résistance mécanique supérieure et de la faible disponibilité des substituts biodégradables, souvent importés à un prix plus élevé.

Emballages plastiques vs biodégradables : quel choix pour 2040 ?

Impact environnemental

Les plastiques traditionnels, dérivés du pétrole, sont responsables d’une pollution durable. Ils contribuent à la formation de microplastiques, aujourd’hui détectés dans les eaux, les sols, les aliments, et même dans le sang humain. 

Malgré les initiatives de recyclage, le taux de valorisation demeure faible en Afrique de l’Ouest (moins de 10 % au Burkina Faso).

À l’inverse, les emballages biodégradables (à base d’amidon de maïs, de fibres de bananier, de bagasse, etc.) présentent une empreinte carbone réduite. Ils se décomposent naturellement en quelques mois, sans production de déchets persistants. 

Toutefois, leur fabrication requiert des matières agricoles, posant la question de la concurrence entre usages alimentaires et industriels des ressources.

Gestion des avaries alimentaires

Le plastique offre une protection efficace contre l’humidité, les bactéries et l’oxygène, prolongeant la durée de conservation des denrées. 

Cependant, il présente un risque non négligeable de migration de substances chimiques (ph talâtes, bisphénol A, etc.) dans les aliments, surtout en cas de réutilisation ou d’exposition à la chaleur.

Les alternatives biodégradables intègrent de plus en plus des technologies actives, telles que :- les agents antimicrobiens naturels (extraits d’agrumes, huiles essentielles),

– les capteurs de fraîcheur pour détecter l’oxydation ou la dégradation,

– les films multicouches innovants à base de protéines ou de polysaccharides.

Bien que certains matériaux présentent encore des performances limitées pour la conservation longue durée, les progrès de la recherche tendent à les rendre compétitifs d’ici 2040.

Protection de la santé des consommateurs

L’exposition chronique aux plastiques alimentaires, notamment via les additifs toxiques et micro plastiques, soulève des inquiétudes croissantes en toxicologie. 

Des études montrent une corrélation entre certains plastiques et des troubles endocriniens, neurologiques et reproductifs.

Les bioplastiques, s’ils sont certifiés sans substances nocives, offrent une alternative plus sûre, à condition que leur production et leur utilisation respectent les normes de sécurité alimentaire (HACCP, ISO 22000, normes Codex Alimentarius).

Vers une transition équilibrée et durable

L’expérience burkinabè révèle qu’une réforme, aussi ambitieuse soit-elle, ne saurait réussir sans un accompagnement inclusif et progressif. 

Il est urgent de mettre en place un plan triennal de transition reposant sur 

  • une sensibilisation nationale multisectorielle,
  • des incitations fiscales et douanières pour les importateurs de matériaux biodégradables,
  • un fonds de reconversion industrielle,
  • des incubateurs d’innovation écologique pour stimuler les initiatives locales.

D’ici 2040, la convergence des normes régionales (UEMOA, CEDEAO) et internationales (ONU, UE) devrait renforcer les exigences réglementaires, au profit des emballages biodégradables, compostables et circulaires. 

Le plastique à usage unique est voué à disparaître des chaînes d’approvisionnement alimentaires.

Tableau comparatif : emballages plastiques vs emballages biodégradables

CritèrePlastique traditionnelBiodégradable / Compostable
Impact environnementalTrès élevé (pollution durable)Faible (décomposition rapide, recyclable)
Ressources utiliséesFossiles (pétrole, gaz)Renouvelables (amidon, cellulose, bagasse)
Gestion des avariesExcellente, mais migration possibleBonne, innovation technologique croissante
Risques pour la santéMigration de toxines, microplastiquesRisques minimes, matériaux bio-sourcés
Réglementation 2040Interdiction progressiveAdoption croissante, norme future probable

Conclusion

La gestion des emballages plastiques au Burkina Faso constitue un défi transversal qui interpelle les politiques publiques, les industriels, les commerçants et les consommateurs. 

L’enjeu est de taille : il s’agit de bâtir un système alimentaire sûr, durable et inclusif, où la réduction des déchets, la lutte contre les avaries alimentaires et la préservation de la santé humaine ne sont plus des options, mais des impératifs. 

Une transition réussie vers des emballages biodégradables passe par l’innovation locale, la volonté politique, et la mobilisation collective.

Sources

  • Loi 045-2024 relative à l’interdiction des emballages plastiques au Burkina Faso, décembre 2024.
  •  Ministère de l’Environnement, de l’Économie Verte et du Changement Climatique, Burkina Faso.
  • European Commission, « A European Strategy for Plastics in a Circular Economy », 2018.
  • Food Packaging Forum, « Plastic Packaging and Food Safety », 2024.
  • FAO, « Sustainable Packaging for Food Systems », 2023.
  • Institut National de l’Environnement et des Risques (INER), Rapport scientifique sur les bioplastiques, 2024.
  • RECA-Niger, Note sur les emballages plastiques et biodégradables au Burkina Faso, 2023.
  • Étude comparative sur la gestion des déchets plastiques dans l’espace UEMOA, 2022.
  • Analyse socio-économique des résistances à l’instrument juridique au Burkina Faso, , 2024.

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